« Buy European » : un nouveau départ risqué pour le Green Deal
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Économie & fiscalité

« Buy European » : un nouveau départ risqué pour le Green Deal

Dr. André Wolf
Dr. André Wolf

La proposition de loi sur l'accélérateur industriel présentée cette semaine par la Commission marque le début d'une nouvelle ère dans la politique commerciale et industrielle européenne. Outre les nouvelles exigences en matière d'autorisation des investissements directs, cela se traduit notamment par la proposition très controversée d'introduire des critères « Buy European » pour certaines technologies vertes. Pour la première fois, des exigences contraignantes en matière de contenu local deviendraient ainsi un instrument politique stratégique à l'échelle de l'UE, marquant un abandon clair de la primauté de l'ouverture commerciale.

 

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D'un point de vue économique classique, de telles exigences constituent une distorsion du marché, avec des répercussions négatives sur la spécialisation et l'efficacité de l'utilisation des ressources nationales. Une telle approche statique est toutefois insuffisante dans le cas présent. Premièrement, la proposition est avant tout une réaction à un environnement géopolitique en pleine mutation, caractérisé par des mesures protectionnistes similaires prises par des concurrents mondiaux tels que la Chine et les États-Unis. Elle vise donc également à rétablir, au moins en partie, l'égalité des armes dans la concurrence internationale. Deuxièmement, l'évolution technologique dynamique crée de nouveaux potentiels de spécialisation, en particulier dans le domaine des technologies jeunes et neutres sur le plan climatique, favorisées par le contexte politique. Compte tenu des externalités liées à la connaissance et des économies d'échelle, les forces du marché ne pourront à elles seules exploiter ces potentiels, notamment dans le contexte des pratiques de subventionnement dans les pays tiers.

Néanmoins, les exigences contraignantes en matière de contenu local comportent des risques économiques internes et externes. Sur le plan interne, le passage à des produits nationaux initialement plus coûteux entraîne des coûts supplémentaires qui ne doivent pas peser excessivement sur certaines industries ou régions. Sur le plan externe, il existe un risque de nouveaux conflits commerciaux, en particulier avec les pays qui poursuivent des stratégies de croissance similaires à celles de l'UE dans le domaine des technologies vertes. Une gestion responsable des risques nécessite une approche progressive qui donne la priorité aux technologies offrant le plus grand potentiel de croissance à moyen terme grâce à l'acquisition de connaissances et à la mise à l'échelle.